Quand une fille devient la “deuxième mère” de sa famille

Certaines difficultés à poser ses limites prennent racine très tôt dans l’histoire familiale.
En séance de kinésiologie, il n’est pas rare de découvrir qu’un rôle de “pilier” ou de “deuxième parent” s’est installé dès l’enfance, avec des conséquences importantes sur les relations, l’anxiété et la charge mentale à l’âge adulte.

Quand un enfant devient le pilier émotionnel de sa famille

Je voulais vous parler de Lilas, qui a grandi trop vite et que l’on a mise dans un rôle de pilier bien malgré elle.
Lilas est l’aînée d’une famille de trois enfants. Elle a pu voir rapidement que ses parents avaient besoin d’elle pour tenir cette famille grandissante.
 
Ce n’est d’ailleurs pas ce qu’elle exprime au début. Elle vient avec l’intention de travailler sur sa difficulté à faire confiance, sa tendance à tout intérioriser, et surtout cette sensation étrange d’être responsable de tout le monde.
 
Lors de notre échange, très vite, on en arrive à son positionnement dans la famille.
C’est l’aînée. Elle aide sa mère à calmer ses frères et sœurs, elle les motive, elle les recadre quand il faut. Elle se décrit comme la “deuxième maman”, mais commence à trouver ce rôle particulièrement lourd pour elle.
 
D’ailleurs, ce même rôle se rejoue dans ses relations personnelles. Elle “sauve” ses amies. Elle vient d’ailleurs de vivre une rupture amicale dans laquelle elle s’est sentie rejetée dès qu’elle a posé une limite.
 
Côté amour, ce n’est pas mieux. Elle partage très peu ses envies et ses besoins avec les hommes de sa vie. Elle a du mal à recevoir les compliments, à créer du lien avec eux.
 
Le problème, c’est qu’à force de porter les autres, elle ne sait plus vraiment où elle commence, ni où les autres finissent.

Pourquoi poser des limites devient si difficile

L’objectif de sa première séance est simple :  “Je pose des limites dans mes relations.”
 
Mais le corps raconte rapidement quelque chose de plus profond. À travers le test musculaire, plusieurs informations émergent :
 
  • une difficulté à se prioriser, couplée à une impossibilité à recevoir
  • une peur du jugement avec une image d’elle-même très dévalorisée
  • un rapport compliqué au féminin et à la vulnérabilité
Lilas prend conscience qu’elle s’est construite autour d’un rôle : celui de pilier.
Un rôle dans lequel elle doit être forte, disponible, solide… même lorsqu’elle est épuisée.
 
Alors forcément, dire non devient compliqué.
 
Parce que poser une limite ne représente pas seulement un conflit potentiel.
Cela vient aussi toucher une peur plus profonde :
  • celle de décevoir,
  • de ne plus être aimée,
  • ou de ne plus être “utile”.

Ce que le corps révèle en séance

Lors des séances suivantes, Lilas met progressivement des mots sur son histoire.
 
Elle grandit dans un environnement marqué par les tensions, les cris, les attentes et une forte charge émotionnelle.
 
Sa mère n’arrive pas à gérer le quotidien de la famille et lui délègue l’éducation des frères et sœurs. Sa mère a également du mal à gérer ses émotions, et Lilas devient souvent le réceptacle de sa colère.
 
Alors, très tôt, elle apprend à surveiller l’ambiance, à anticiper les réactions des autres et à maintenir une forme d’équilibre familial.
 
Elle devient : la médiatrice, la confidente, celle qui rassure, celle qui comprend les comportements dysfonctionnels de sa famille, de sa mère. 
 
Le problème, c’est qu’un enfant n’est pas censé porter cette responsabilité émotionnelle.
 
Alors, devenu adulte, il reste souvent dans un état d’hypervigilance relationnelle :
 
  • peur du rejet
  • difficulté à exprimer ses besoins
  • tendance à intérioriser
  • sensation de devoir mériter sa place

Quand quelque chose commence enfin à bouger

Lors de sa troisième séance, Lilas revient avec une problématique autour des limites au travail et dans sa famille.

Une collègue de sa manager lui fait constamment des reproches, alors même que sa responsable est dithyrambique sur son travail. Elle ne sait pas quoi faire : en parler à sa manager ? La recadrer ? Se taire ?

Côté famille, elle recadre sa mère, qui lui annonce que sa sœur souhaiterait vivre chez elle pendant quelques mois. 

Elle lui répond : “Vous vous êtes mis d’accord sans moi ?”

Mais cette fois-ci, quelque chose a changé en elle.

Elle a challengé ce fonctionnement et décidé d’arrêter de subir.

Elle dit simplement non. Elle explique qu’elle ne peut pas accueillir sa sœur au vu de leur relation compliquée, et que c’est à sa mère de trouver une solution, parce que c’est elle, la mère.

Alors oui, elle pose cette limite imparfaitement, elle ma partage sa culpabilité, elle me dit qu’elle a peur de blesser.

Mais elle ose enfin le faire.

Même si elle a l’impression de trahir, son centre de gravité s’est déplacé : elle commence à prendre en compte son besoin à elle, et non plus uniquement celui des autres.

Elle refuse donc d’accueillir sa sœur chez elle pendant plusieurs mois, sentant qu’elle n’en a pas la capacité émotionnelle.

Et ce moment est important. (🥂Cheers to that!)

Poser des limites ne veut pas dire aimer moins

Au fil des séances, nous avons déconstruit la croyance suivante : prendre soin de soi ne veut pas dire abandonner les autres.

Nous avons également compris que toute la lignée maternelle fonctionnait autour du don de soi et de la compensation à travers la génération suivante.
Pour toutes ces femmes, amour et responsabilité se sont longtemps confondus.

Pour Lilas, aimer signifiait : prendre sur soi, gérer, supporter, s’adapter.

Le déclic se pose alors progressivement. Elle comprend que poser des limites ne veut pas dire aimer moins. Séance après séance, Lilas commence à reprendre sa place.

Elle comprend que :

  • tout porter n’est pas de l’amour
  • anticiper les besoins des autres n’est pas une obligation
  • dire non ne fait pas d’elle une mauvaise fille, une mauvaise sœur ou une mauvaise personne

Petit à petit, elle sort de ce rôle de pilier permanent.

Et surtout, elle commence à faire une différence essentielle : soutenir les autres, oui. s’oublier complètement, non.

Parce qu’au fond, poser des limites ne veut pas dire aimer moins.

Cela veut parfois simplement dire : commencer enfin à exister pour soi-même.

Je vous accompagne en séance de kinésiologie à Paris 3 – République pour vous aider à mettre du sens sur ce que vous ressentez et retrouver une sécurité intérieure.

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